9 mars 2018

All in the game

All in the game

Aujourd’hui marque le 10eme anniversaire de la fin de The Wire (aka Sur Écoute pour les francophones).
Il y’a de celà une décennie, on faisait nos adieux à Mcnulty, Bunk, Daniels ainsi qu’à Marlo, Slim Charles et le Sénateur Clay Davis.
Mon amour pour The Wire est tout sauf un secret, tant mes amis subissent régulièrement (généralement en fin de soirée) l’Evangile de David Simon, le créateur de la série, avec la ferveur d’un témoin de Jéhovah.
Anniversaire des 10 ans et donc l’occasion parfaite pour une nouvelle déclaration d’amour envers the Wire.

De quoi ça parle ?

Dur à dire. Sur le papier, The Wire est un drama d’enquête se déroulant à Baltimore. Des détectives se rendent un jour compte qu’ils ne connaissent absolument rien des barons de la drogue de la ville : pas de casier judiciaire, pas de passage en prison, pas de QG, pas même une photo ! Cette épiphanie entraîne la création d’une unité d’enquête qui décide de les traquer via un réseau d’écoute (d’où le titre).
Chaque saison a un thème allant de la lutte contre la drogue au système scolaire, la politique ou le journalisme. Les personnages s’entrecroisent, règnent et chutent au fil des épisodes.

thewire-capture

Ca à l’air sympa mais classique ton truc. Pourquoi tant d’amour ?

Pour l’ampleur, la profondeur et la richesse de l’oeuvre. The Wire n’est pas tant une série policière qu’un drame social et humain impliquant des détectives et des criminels. Chaque scène de chaque épisode de chaque saison décortique les couches de la société avec une précision clinique. A mi-chemin entre un documentaire, Dickens et Balzac, les protagonistes sont piégés dans l’échiquier qu’est Baltimore.
Ici pas de manichéisme. Les détectives agissent plus par fierté que par altruisme, dévorés par la hiérarchie et sa politique du chiffre. Les gangsters eux sont condamnées à un cercle de violence appelé le “game” où les seules issus sont 4 murs ou 4 planches. C’est d’ailleurs le propos de la quatrième saison, qui montre comment la faillite des institutions (écoles, parents) transforment des adolescents intelligents et insouciants en monstres.
Pas de sensationnalisme non plus. Pas ou peu de cliffhangers retentissants, pas de solution miracle. La série prend son temps avec les personnages, les situations et les intrigues pour donner du sens aux différents arcs narratifs.
Enfin, si vous aimez les happy ending, passez votre chemin. Les personnages sont prisonniers leur environnement. Pour chaque âme qui parvient à s’échapper, 10 autres sombrent.

David-Simon-pensait-faire-un-film-The-Wire

Ce que la série offre en revanche, ce sont des dialogues cultes, une intrigue qui prend aux tripes du début à la fin, des personnages qui figurent au panthéon des séries et une profondeur de propos comme peut être jamais une série n’en a offert. Peu importe le nombre d’essais youtube, d’interviews du créateur ou de podcasts, on trouve toujours plus de sens, de détails et de propos dans l’écriture, la photographie ou le jeu d’acteur, encore 10 ans après. Je conseille d’ailleurs aux fans de la série de regarder les commentaires youtubes qui regorgent d’anecdotes et interprétations passionnantes.
Chaque thème, chaque personnage, chaque épisode peut faire l’objet de débats philosophiques ou sociologiques tant The Wire est riche en sens et sait s’adapter au niveau de lecture qu’on lui accorde. Elle fait partie de ces rares oeuvres capables de faire évoluer nos positions morales sur des sujets réels et amener à de véritable discussion de fond. Preuve en est, cette vidéo ou OBAMA interview David Simon.
Ce niveau de profondeur combiné à une histoire passionnante font ce qui est pour moi la meilleure série de tous les temps et probablement l’un des joyaux artistiques du 21eme siècle. Si vous aviez raté ce chef d’oeuvre, vous n’avez maintenant plus aucune excuse.

Bon anniversaire !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *